Des fleurs bio pour remplir les adieux de poésie

Alex Hackett engage le design et l’optimisme pour changer le concept des funérailles habituelles

La notion d’enterrement écologique est encore très loin d’être quelque chose de général. L’impact que peuvent avoir des funérailles en Espagne, avec 420 000 décès par an, est largement ignoré. À l’Europe du Sud c’est encore nouveau, et c’est le monde anglo-saxon, le plus en vue sur ce sujet, qui a déjà publié des études, comme celle du Green Burial Council (Canada). Il estime que chaque année le secteur utilise 4.500 litres de liquide d’embaumement chimique (formaldéhyde), 97 tonnes d’acier, 2.000 de plus de béton et 17.200 mètres de bois tropical. Au-delà des chiffres, dire au revoir à nos proches, lors de cérémonies lâches, préparées rapidement, a un impact sur les matériaux, les ressources et le transport, et a aussi une grande répercussion sur le réchauffement climatique.

L’impact des fleurs

Les décorations végétales représentent une part importante de ces dommages causés à l’environnement. Œillets, roses blanches, marguerites, chrysanthèmes ou lys naturels semblent très authentiques, mais réunis en couronnes ou ornements plus complexes, ils proviennent pour la plupart (75%) de pays très lointains (notamment Afrique du Sud, Colombie, Equateur ou bien Hollande). Leur voyage a une charge carbone (calculée à 12 000 kilomètres en moyenne, en avion, camion ou bateau, qui s’ajoute à l’énergie utilisée et à la réfrigération), et un impact sur les sols dû à l’utilisation de pesticides. Ce sont des objets qui décorent, qui sont utilisés et jetés, et qui finissent dans les décharges avec l’empreinte méthane qu’ils entraînent.

L’autre option jusqu’à présent était le plastique, une matière docile et flexible, imperméable et résistant, mais très toxique (en raison des différents additifs), légère source de carbone s’il est chauffé, et dégradable sur une longue période (entre 500 ou 1.000 ans).  Les fleurs certifiées, issues de producteurs locaux, biologiques et transformées en compost, constituent aujourd’hui une minorité risible.

Le projet d’Alex Hackett

Des alternatives émergent progressivement. L’atelier d’Alex Hackett, artiste minimaliste, designer infatigable, avec 20 ans de travail derrière elle, en est un exemple. Située en Occitanie, dans la commune de Castries (près de Montpelier), elle présente des pièces uniques, artisanales, découpées en papier et porcelaine, réalisées avec soin et importées de pays comme le Bhoutan, les Philippines ou le Népal, en raison de leur fabrication particulière. Elle vend des bijoux (comme des colliers ou des boucles d’oreilles) et des motifs plus floraux (comme des centres de table ou des ornements) qui décorent les maisons et les magasins. Distribue aux détaillants en France, Suisse, Italie, Belgique, Japon, Islande, Luxembourg et États-Unis. Et elle travaille depuis longtemps, avec des marques connues, comme Dior ou Swarovski, catapultant un métier qui est passion et effort.

Des fleurs respectueuses pour les centres funéraires

A la mort de sa mère, l’entrepreneure Alex Hackett, née à Karachi (sur la côte pakistanaise), adoptée ensuite en Grande-Bretagne, diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Liège (au sud de la Wallonie) et installée en Occitanie, réfléchit à quelque chose de différent, avec un sens pour toujours. Le plus bel hommage, le grand cadeau qu’il a conçu, a abouti en août dernier à un projet pionnier : une nouvelle collection de décorations florales, de treillis en papier et en porcelaine, destinée aux cercueils et aux allées funéraires. Un catalogue avec cinq options, axé sur les cimetières mais aussi sur les familles, 100% réutilisable et durable. Un modèle écologique terminé par des étamines et des pétales aérés, soutenus par des tiges de fer et reliés aux branches d’un bon saule.

Une option déjà disponible et très rare dans son concept, conçue pour répandre la joie dans une période si difficile et d’une manière différente. Commencer à changer la façon d’aborder les funérailles, dans le respect de l’environnement, est le grand objectif. Tout cela dans un État comme la France, qui a déjà fait un premier pas, avec des sites funéraires comme Ivry-Sur-Seine, en région parisienne, avec une approche inédite et convenable pour la planète. Un pays où le concept fait son chemin, avec des études de marché réalisées par la même équipe Hackett, qui montrent un intérêt pour aller vers un système beaucoup moins nocif. Et pourtant, le chemin est encore long, car 80 % des centres funéraires n’envisagent pas cette option.

Alex sait que l’éthique est belle et extrêmement essentielle, mais qu’elle doit être durable et viable. Pour cela, elle s’est entretenue avec Fondation Terra, qui l’a accueillie dans son bureau, pour trouver de nouvelles façons de diffuser le projet. Il a déjà communiqué l’idée, qui n’a pas de précédent ni en Catalogne ni en Espagne, ou qui devrait être présentée, à de petits cimetières comme Auberville (une petite ville normande de 500 habitants) et se tourne maintenant vers deux salons pour nouer davantage de contacts : Juin à Toulouse, et l’automne à Lyon. Avec cette tâche, on entend modifier les consciences et implanter davantage de rituels funéraires avec de l’art et des fleurs, sans nuire à l’environnement, pourquoi pas à Barcelone ?

Fondation SENS

Et à l’horizon, une idée escompte de devenir réalité. Elle l’attend depuis longtemps et peut-être que l’esprit l’aidera. Cela refermerait certainement ce beau cercle de poésie scrupuleuse, d’environnementalisme respectueux et de propreté. Il s’agit de créer, après ce travail, une petite fondation, appelée SENS (pour son mot anglais «Sense»), qui justifie en quelque sorte le grand engagement et les efforts consacrés. Une nouvelle entité nourrie de bénéfices mais aussi de cotisations, qui reste encore à imaginer. Le projet le plus proche est d’aider un orphelinat, aucun en particulier, mais en Inde, où aider les pauvres et les castes inférieures n’est pas facile. Le travail humanitaire la ramène à son enfance et la confiance et le courage lui diront comment et quand. Maintenant elle marche, c’est la graine qui manquait, et elle progresse fermement et inaltérablement vers un monde d’affection, de tolérance et de respect envers ce qui est naturel.

 

LIENS D’INTÉRÊT :

Site Web d’Alex Hackett:

https://www.alexhackett.com/

Article sur la création du premier cimetière écologique de France (Cimetière d’Ivry-Sur-Seine, Paris, 27/09/2019):

https://www.paris.fr/pages/un-espace-funeraire-ecologique-au-cimetiere-d-ivry-7143

NOUS AVONS PUBLIÉ HIER… “Despedir con flores ecológicas” (Ecofuneral.es, 2017):

https://www.ecofuneral.es/articulos/despedir-con-flores-ecologicas

RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE (Sur les écofunérailles):
Perspectiva Ambiental (numéro 35). Monographie “Ecofunerals”. Fundació Terra, 2005, https://www.terra.org/categorias/libros/perspectiva-ambiental

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